globe2.gif (19947 octets)La colonisation de la Mana en Guyane Equinoxiale (1820-1848).

 

Après la défaite de Napoléon, le traité du 30 mai 1814 restitue à la france la Guyane, retranchée du domaine colonial français par l'expédition anglo-portugaise de 1809.
Il s'agit, alors pour la monarchie française de la restauration, de reprendre possession d'un territoire où la présence coloniale se limite à quelques ilots (700 colons environ)  proches de Cayenne. Ce retour de la France en Guyane est marqué par la volonté de la métropole de rompre avec les anciennes formes d'occupation coloniale pour impulser une présence solide et pérenne dans le nouveau monde.
L'objectif ambitieux est de faire de la Guyane un colonie de peuplement. Il faut "établir sur le sol de la Guyane une population nationale et libre capable de résister par elle-même aux attaques étrangères et servir de boulevard aux autres colonies françaises d'Amérique" peut-on lire dans le "Précis pour la colonisation du bord de la Mana à la Guyane française" rédigé en 1835 pour le ministère des Colonies et de la Marine.

Je me suis interessé dans les nouvelles orientations coloniales de la France en Guyane aux tentatives de peuplement d'une rivière du nord de la colonie : la Mana de 1819 à 1848.
En 1819, les campagnes d'exploration reconnaissent le cours de cette rivière. Pour les premiers explorateurs, les rives de la Mana apparaissent réunir les conditions environnementales pour accueillir une population française d'agriculteurs. Ce sont 3 familles de paysans d'Arbois dans le Jura qui sont sélectionnées pour tenter cette greffe d'un peuplement paysan en Guyane équinoxiale. Ils y restent 4 années de 1824 à 1828 avant de réclamer un rapatriement en France.
L'échec est patent pour la monarchie. Les conditions naturelles de la forêt équatoriale semblent imposer un plafond des possibles pour les colonisateurs. La colonisation de la Mana n'est toutefois pas abandonnée. C'est la mère Javouhey, supérieure de la congrégation des soeurs de Saint-Joseph, qui reprend à son compte la direction de la colonisation de la Mana. La mère impose au Ministère des colonies le projet d'une sorte de colonie communautaire entre le phalanstère fourièriste et la réduction jésuite du Paraguay. La communauté de Mana fonctionne de 1827 à 1847 sous l'autorité de la congrégation des soeurs de saint-Joseph.
En janvier 1847, l'administration reprend la direction des postes de la Mana. La colonie périclite.

Ces trente années de tentative de colonisation de la Mana superposent en synchronie deux histoires :
        - une histoire à oscillations brèves : celle de l'aventure exotique des colons de la Mana. On imagine la forêt inhospitalière, la rivière en crue, la clairière difficilement essartée, les soeurs en cornettes dans les carbets inconfortables. Nous percevons les rythmes rapides de la vie à la Mana : La mort toujours présente , les sentiments exacerbés par l'isolement et lae déracinement.
        - une histoire à oscillations longues. Les projets de peuplement de la Mana témoignent aussi des bouleversements structuraux des sociétés européennes. la France entre dans l'ère industrielle : les économies se mondialisent , de nouvelles représentations de la vie sociale émergent. Les conditions nouvelles imposent de réinventer les formes de l'expansion française. Le monde colonial devient le laboratoire des nouvelles utopies.

Pour exhumer cette aventure guyanaise, j'ai travaillé essentiellement sur les archives d'Outre Mer à Aix en Provence. Une quinzaine de cartons concernent la Mana. Une visite aux archives municipales d'Arbois est prévue.


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